Casa Digna

Les premières maisons

A la fin du mois d’octobre 1998, l’ouragan Mitch a dévasté plusieurs pays d’Amérique Latine, dont le Nicaragua. La pluie n’a pas cessé pendant quatre jours, causant une crue sans précédent de la rivière passant à Estelí, rivière de vingt centimètres de profondeur en temps normal. Beaucoup de maisons, faites de planches de bois, de cartons et de sacs-poubelle, n’ont pu résister aux torrents de boue de plus d’un mètre de haut qui ont ravagé les maisons et les routes de la ville. L’année suivante, Jean Loison, prêtre français au Nicaragua, a montré à deux Américains de passage à Estelí l’état de deux maisons à peine reconstruites depuis l’ouragan. Devant ces bidonvilles, les Américains se sont émus de la situation et ont promis que dès leur retour aux Etats-Unis, ils enverraient l’argent nécessaire pour construire deux maisons « en dur ». Ils ont tenu leur promesse et les deux premières maisons ont vu le jour.

Depuis, le projet a pris de l’envergure. En 2010,  deux associations ont été créées afin de mener à bien la construction de « Casas Dignas » au Nicaragua. La première, nommée San Juan Bautista et créée par Jean Loison, permet de définir les besoins sur place et d’organiser la construction. La seconde, créée à Orléans par Jean Lhégu, ami proche de Jean Loison, permet de récolter les fonds nécessaires à la construction des maisons et permet à des étudiants d’écoles d’ingénieurs et d’universités françaises de réaliser un stage pratique consistant notamment  à construire une maison au Nicaragua.

Comment sont choisies les familles qui vont être relogées ?

Cette sélection est délicate et se fait selon les critères suivants :

– La famille doit être propriétaire du terrain où sera construite la maison.

– Elle doit contribuer au financement de la maison selon ses moyens : une somme de cinquante dollars minimum lui est demandée.

– Une famille constituée d’une femme seule avec des enfants ou une famille dont un ou plusieurs des membres sont gravement malades ou handicapés est privilégiée.

– Enfin, il est important de préciser que les délais d’attente pour reloger une famille sont longs. La famille doit donc se montrer patiente.

Construire une maison au Nicaragua

La construction des maisons commence par la fabrication des parpaings. Estelí Solidarité fait appel à une association de jeunes chômeurs. Jusqu’à l’ouragan Mitch, cette association disposait d’une machine spéciale pour fabriquer les parpaings mais cette dernière a été détruite lors de l’ouragan et l’association est désormais contrainte de fabriquer les parpaings à la main. Pour cela, un mélange de sable et de ciment est placé dans un moule où il est tassé. Une fois le moule enlevé, les parpaings sont entreposés au soleil afin qu’ils sèchent pendant une dizaine de jours.

La deuxième étape consiste à préparer les armatures de la maison. Alors que dans les pays industrialisés, ces armatures s’achètent prêtes à poser, au Nicaragua, il faut les fabriquer. Esteli Solidarité achète donc sur place les différentes tiges de métal nécessaires à l’élaboration des piliers.

Une fois les armatures terminées, elles sont apportées sur le chantier. La maison actuelle est alors détruite pour permettre la construction de la nouvelle maison sur le terrain de l’ancienne. Malgré leur mauvais état, les planches de l’ancienne maison sont utilisées comme échafaudages et sont par la suite revendues par la famille.

Les ouvriers creusent ensuite les fondations de la maison : c’est-à-dire neuf trous d’un mètre cinquante de profondeur ainsi que des tranchées rejoignant ces trous en fonction de la disposition des murs de la maison. Comme les Nicaraguayens ne disposent pas de marteau-piqueur, toutes les fondations sont creusées à l’aide d’une barre à mine et d’une pelle. Cette étape, qui dure environ deux jours, est plus difficile encore lorsqu’il fait très chaud et que le sol est dur.

Les armatures sont coulées dans chaque trou et chaque tranchée. Le béton utilisé est aussi réalisé « à la main », à l’aide de pelles et de seaux.

Il s’agit ensuite d’édifier les murs : pour vérifier le bon niveau de chaque mur, les maçons utilisent la méthode du vase communicant, une méthode qui n’est plus utilisée en France depuis des décennies. Pour poser les parpaings, du mortier est utilisé. Au bout de six rangées de parpaings, il est nécessaire de placer horizontalement une armature afin de consolider le mur.

Lorsque les murs deviennent hauts, des échafaudages fabriqués à partir des planches de l’ancienne maison sont alors installés.

L’édification des murs se termine en coulant les piliers métalliques verticaux à chaque extrémité de mur et en posant des armatures horizontalement au-dessus de chaque mur.
Enfin, le toit est posé. Des tôles de zinc sont clouées aux poutres de bois. Puis les fenêtres et la porte sont posées. La fenêtre consiste en un trou dans le mur fermé par un volet en bois et la porte en une planche de bois. Rien n’est acheté sur mesure, c’est à dire que les fenêtres et la porte doivent être taillées et poncées pour être posées.

La fabrique de parpaings

Esteli Solidarité participe au financement d’une fabrique de parpaings, ce qui permet d’approvisionner les chantiers pour un coût inférieur à celui du marché.

Maison en adobe

Ce projet a un objectif double : limiter le coût de fabrication des maisons et valoriser les méthodes traditionnelles et les matériaux locaux. Après un an et demi à chercher des partenaires et à définir les matériaux utilisables au Nicaragua, Esteli Solidarité a financé la formation de deux maçons au sein de l’association « Las Mujeres constructadores de Condega » (AMCC) pour leur apprendre à construire des maisons en Adobe antisismique. Ces constructions à base d’argile et de matériaux végétaux peuvent être faites dans certains villages proches d’Esteli. Ces maçons qui travaillaient déjà l’Adobe auparavant ont pu parfaire leur connaissance de ce matériau. L’objectif est maintenant de réaliser une maison prototype afin  de tester la viabilité de ce type de maison au sein de la population locale.

Cours des étudiants

En marge de leurs activités de construction, les volontaires qui partent chaque année donnent des cours dans plusieurs domaines :

– Cours de mathématiques et d’anglais pour des collégiens.

– Cours de français pour les étudiants de l’université FAREM.

– Cours de sensibilisation à l’hygiène.

Dispensaire San Juan Bautista

Un dispensaire a été créé à Esteli en 1993. Au moins 30 consultations sont réalisées chaque jour dans ce dernier soit environ 11000 consultations par an. Les patients ne paient qu’une partie des médicaments en fonction de leurs moyens. De plus, Esteli Solidarité accorde des bourses à des élèves infirmières.

Auberge solidaire « Albergue Padre Juan »

La ville d’Estelí ne fournit pas de logements pour les familles des patients se rendant à l’hôpital régional ou au centre carcéral pour visiter leurs proches. Les familles les plus pauvres n’ont donc aucune structure d’accueil leur permettant d’être hébergées. L’objectif de l’auberge est donc de fournir une solution d’hébergement à ces familles.

Création d’un incubateur

La création d’un incubateur à Esteli a pour but de favoriser le développement de projets initiés localement et de proposer un accès simplifié à l’information. Durant la période d’incubation, évaluée de 6 mois à 3 ans, les participants bénéficieront d’un soutien matériel, humain et économique. Les projets seront choisis selon la faisabilité de la technologie et du modèle économique proposés et suivant leur adéquation avec les valeurs sociales et environnementales défendues par l’incubateur.

Ce projet consiste en la création de l’incubateur qui prendra place dans un espace de travail doté d’un réseau informatique ainsi qu’en la mise en place de programmes de formation en informatique. La structure initiale contiendra 6 à 8 postes informatiques ayant un accès à internet.

L’espace de travail informatique servira également de cybercafé et de centre de formation pendant les heures ou les participants n’utiliseront pas les postes.

Développement de social business

La mise en place préalable de l’incubateur est nécessaire à ce projet de social business. Les personnes souhaitant aider Esteli Solidarité et participer à ce projet auront pour mission de contribuer au développement des projets issus de l’incubateur et/ou à la mise en place de nouveaux projets.

Elles apporteront le soutien économique nécessaire au développement des projets, effectueront des missions de communication en France comme au Nicaragua afin de faire connaître les objectifs du projet soutenu. Elles pourront participer à la réalisation des prototypes, étudier leur viabilité et les moyens de les améliorer. Un travail sur les modèles économiques ainsi que sur le marché visé pourra sera également effectué. Les participants pourront aussi faire partie des partenaires pour un développement franco-nicaraguayen des entreprises sociales et solidaires de l’incubateur. Ils pourront aussi soumettre des idées de projets nécessitant un partenaire local pour créer une entreprise sociale et solidaire.